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Dr Pierre MONOD
Ancien Président de la conférence nationale des présidents des Unions Régionales des Médecins Libéraux
La démarche qualité et ses deux composantes que sont l' évaluation des pratiques professionnelles ( EPP) et la formation médicale continue ( FMC) constitue bien un enjeu majeur, une impérieuse nécessité, pour le corps médical, pour des raisons sociétales, conjoncturelles, culturelles et politiques.
La société exige de plus en plus de transparence, de " traçabilité " et le monde de la santé tout particulièrement, le corps médical, ne saurait échapper à cette évolution. Autant le devancer et l'organiser. La judiciarisation croissante avec en corollaire l' insupportable envolée des primes d'assurance, la médiatisation des classements sont autant d'indicateurs qui doivent inciter les médecins à travailler en toute transparence pour conserver la confiance des citoyens dans leur corps médical. La confiance, de chaque individu patient, en son médecin, ne suffit pas à créer la confiance de la société en ses médecins.
La conjoncture économique, la diminution des ressources de l'assurance maladie, l'inexorable croissance des dépenses maladie font, que quel que soit le cercle vertueux des économies, le déficit continuera, s'aggravera, l'économiste Claude Le Pen nous le rappelle. Raison de plus pour assurer à la population que toute dépense engagée est justifiée : c'est ce que l'on entend par maîtrise médicalisée par opposition à la maîtrise comptable ; viendra l'heure des choix, difficiles et douloureux, l'heure du "panier de soins remboursables" que le politique devra définir, c'est à notre sens de sa responsabilité.
Culturellement, même si l'on se plait à dire que le médecin profondément individualiste n'est pas naturellement porté à rendre des comptes en dehors de son patient, l'immense majorité du corps médical est pénétrée de la démarche qualité, la signifier n'est pas dans sa culture car vécue comme une contrainte.
Et pourtant politiquement il s'agit d'une vraie opportunité à la fois pour faire taire ceux pour qui le pouvoir médical est opaque et donc critiquable, mais également pour nous responsables professionnels pour rendre confiance à nos mandants et offrir à nos jeunes une vision plus dynamique de notre métier, le démystifier, peut être même le désacraliser pour mieux le valoriser, " parce que je le vaux bien " comme dit la publicité .
Les Unions Régionales des Médecins Libéraux (URML), organismes professionnels élus au suffrage universel direct de l'ensemble des médecins d'une région ayant une activité libérale (120 000 médecins) et financées par une cotisation obligatoire des médecins ont en charge l'organisation de l' évaluation des pratiques professionnelles (EPP). Leur souci, partagé par les autres institutions en charge du dispositif et tout particulièrement la Haute Autorité de Santé (HAS) est la simplicité et le pragmatisme : offrir à tout médecin (l'obligation est personnelle) une forme d'évaluation adaptée à sa pratique, à son environnement, en cabinet, en établissement, en équipe exerçant une spécialité dite à risque.
Mais l'évaluation des pratiques professionnelles n'est pas une fin en soi ; engager la profession dans une démarche qualité c'est aussi dessiner de nouveaux rapports avec l'ensemble des acteurs de la santé. C'est en particulier réfléchir à la gestion du risque, à la prise en charge d'une maladie, d'un problème de santé publique tant dans le champ du soin que du préventif. Nous avons en particulier à définir de nouveaux rapports avec les entreprises du médicaments définissant mieux les champs de compétence de chacun, des rapports plus adultes, porteurs de nouveaux partenariats. Tous, en sortiront valorisés et les rapports avec la puissance publique, les financeurs, Assurance Maladie, Complémentaires, et le public seront plus sereins. Il est permis de rêver !
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